mardi 14 août 2012

La chapelle Saint Gabriel de Tarascon

Lors d'un retour sur Nîmes par une fin d'après-midi d'un jour digne de l'été dans le sud (pas moins de 30°C), nous avions envie de passer par la chapelle Saint Gabriel. Elle se trouve dans un bel environnement (même si la route passe devant). Entourée d'oliviers et de cyprès, elle surgit au détour de la route. Le soleil fait ressortir la belle couleur de ses pierres. C'est une chapelle aux proportions d'une église qui constitue un des plus beaux édifices de l'art roman provençal.
Voici son emplacement sur la carte :

Emplacement de la chapelle Saint Gabriel

Avant de me lancer dans une description certes intéressante (lol) et que vous attendez tous, il nous semble (et oui, j'écris mais sous l'oeil averti de mon cher et tendre) nécessaire à ce stade de vous parler de l'ART ROMAN en quelques mots. En effet, c'est une période qui nous tient à coeur pour diverses raisons et nos balades y sont souvent associées, vous pourrez le constater.
Comment définir l'art roman ? Certes il suffit pour cela de comparer un édifice gothique avec celui de Saint Gabriel pour faire la différence. D'un côté une architecture flamboyante, aérienne, avec de grandes ouvertures permettant à la lumière d'entrer dans le corps même de l'édifice, de l'autre une construction offrant des volumes arrondis, imposés par les voûtes en berceau dont les claveaux rayonnent autour d'un centre invisible. Les constructions romanes du XIe siècle au XIIe siècle ont longtemps été considérées comme des productions « naïves » et « maladroites ». Il a fallu défendre l'art roman oublié par l'histoire de l'art alors même que ses édifices imposaient une réelle reconnaissance. Aujourd'hui, l'art roman attire de plus en plus de visiteurs. Les édifices sont restaurés grâce aux associations, les collectivités locales ont compris l'intérêt de mettre en valeur ce patrimoine précieux témoin du Moyen âge. « L'éternité, écrit Marie Madeleine Davy, baigne l'art roman, elle est sa mesure. C'est pourquoi un tel art est semblable à un visage dont les lignes sont significatives pour celui qui charge sa présence. »



Lorsque vous regardez la chapelle de Saint Gabriel, vous pouvez en deviner tout de suite son architecture intérieure. Rien n'est dissimulé. L'édifice est construit pour la liturgie, il délimite un espace de rencontre entre l'homme et le sacré. Nous arpentons ces lieux, car plus que tout autre style, l'art roman convient à la contemplation et à la prière. Nous avons souvent constaté que les églises romanes étaient bâties sur d'anciens sites païens ou romains, ainsi nous avons l'opportunité de remonter l'Histoire et de nous dire que finalement peu de chose nous sépare. L'homme du Moyen âge cherchait sûrement, comme nous aujourd'hui, à structurer et nourrir sa croyance afin de donner du sens à ses actions.
Moi, je suis souvent touchée par la beauté simple de l'édifice roman et la force tranquille qui s'en dégage. Et pourtant en regardant bien, il y a toujours une histoire, un détail qui amènent un regard différent, une compréhension nouvelle si on veut...
En ce qui concerne la chapelle de Saint Gabriel, il y a de quoi voir et ressentir !!! Le jour de notre passage, plusieurs personnes se sont arrêtées s'exclamant : 'Qu'elle est belle!!'



Ah oui, elle est belle! Et pour une chapelle, elle a des proportions d'église... Étonnant car il n'y a rien aux alentours. En fait nous nous trouvons sur le site d'une ville de la Gaule romaine qui portait le nom d'Ernaginum. Elle était un important carrefour entre les voies Domitia, Agrippa et Aurélia. Comment le sait-on ? Une preuve archéologique se trouve dans l'église (malheureusement, nous n'avons pas eu encore l'occasion de la visiter, donc pas de photo) : une cippe funéraire de l'époque impériale dédicacée à un consul qui était le patron de la corporation des utriculaires et des nautes. Pour comprendre, il faut savoir qu'à l'époque la zone était marécageuse et pour la franchir la corporation des utriculaires était là. En effet, ils avaient des embarcations spéciales pour assurer la traversée des personnes et des marchandises au travers des marécages pour aller jusqu'à la mer. Les nautes eux assuraient le transport par les fleuves et rivières.
Les recherches archéologiques ont trouvé des fondations de maisons montrant l'étendue de la cité. Les restes d'un cimetière paléochrétien ont aussi été retrouvés et plus haut derrière la chapelle, se trouve une tour dernier indice de la présence d'une forteresse médiévale. Et on comprend mieux aujourd'hui, la présence d'une aussi belle chapelle devant nous : la ville était assez riche pour ordonner sa construction vers la fin du XIIème siècle.

Maintenant, approchons-nous en montant cet escalier aux marches usées par le temps et les hommes!

Double portail
La façade est assez complexe au premier abord et plutôt richement décorée pour cette époque. Il a y un double portail : le premier avec un tympan sculpté compris dans le deuxième avec un fronton de forme triangulaire à l'antique. Pas étonnant car les sculpteurs de l'époque avaient à la vue beaucoup plus de vestiges antiques que nous. C'est pour cette raison que nous trouvons beaucoup d'éléments empruntés à l'architecture antique comme les feuilles d'acanthes sur les chapiteaux..
Parlons un peu des tympans. Le premier au-dessus de la porte représente Adam et Eve après la faute autour de l'arbre sur la droite et Daniel dans la fosse aux lions. Le deuxième dans le fronton triangulaire évoque l'Annonciation à gauche et la Visitation à droite. A la pointe du triangle se trouve un agneau.
Ces deux portails sont surmontés d'un porche profond. Et un magnifique oculus magnifiquement travaillé apparaît en haut de la façade. Cet oculus est entouré des 4 évangélistes ou des 4 vivants que l'on appelle aussi tétramorphe (voir la vidéo). Sa symbolique est puissante, nous aurons l'occasion d'en dire quelques mots lors de nos prochaines pérégrinations. Généralement, si vous proposez à vos enfants de chercher un taureau, un ange, un aigle et un humain, ils se lancent dans l'aventure et sillonnent l'édifice avec curiosité et amusement. 

Les deux frises précédemment citées sont en fait un réemploi d'une partie d'un édifice plus ancien car la sculpture n'a pas le même style que l'oculus. Ici, on pourrait la qualifier de 'naïve'. Cela se faisait fréquemment à l'époque. Et tant mieux, car quelle beauté il en ressort. Voyons cela de plus près.



Adam et Ève après la faute autour de l'arbre entouré du serpent

Vous voyez l'air triste et hagard d'Adam et Ève? On voit bien la feuille de vigne qui cache leur nudité (cliquez sur la photo pour mieux voir les détails). C'est un thème que l'on retrouve assez souvent par exemple sur la frise extérieure de la cathédrale de Saint Castor de Nîmes. La tentation et la faute sont mises ici en opposition à la résistance de Daniel malgré l'épreuve, lui est resté fidèle. C'est une première lecture. Il faut savoir qu'à l'époque, les gens ne savaient pas tous lire et ces tympans, chapiteaux et fresques avaient pour rôle d'illustrer et de transmettre les lois bibliques et les enseignements bibliques.

L'autre frise illustre l'Annonciation et la Visitation :

L'Annonciation et la Visitation
L'archange Saint Gabriel est dans la Bible le messager de Dieu. Il annonce la naissance du Christ à Marie. Nous pouvons contempler la scène de la Visitation faisant ainsi écho à celle de l'Annonciation. Ici l'iconographie est chaleureuse, les deux femmes s'embrassent. Ailleurs, comme à Moissac, les deux femmes se saluent et s'inclinent légèrement sans se toucher.
Regardez le travail de sculpture des colonnes et des plis des vêtements...


Détachons-nous un peu de la façade et faisons le tour de la chapelle pour voir l'abside : celle-ci est pentagonale avec une couverture de lauze. On peut la voir sur la photo :

Vue sur l'abside
La chapelle Saint Gabriel sort de la roche, presque en bordure de la route. Elle invite les passants à la visiter, peut-être pour qu'à son tour, elle puisse nous rendre visite. Visité visitant, intérieur extérieur, telle est la démarche dialectique de ce lieu.

Et pour vous donner envie de venir visiter, une petite vidéo : 






chapelle Saint Gabriel from Laetitia Charly on Vimeo.

Liens internet :
L'association : http://amissaintgabriel.chez.com/index.html
Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Saint-Gabriel_de_Tarascon

Bibliographie :
Provence romane, éd.Zodiaque
Chapelles de provence, Robert Bailly
M.M Davy, Initiation à la symbolique romane, Flammarion, 1977
R. Pernoud, Sources et clefs de l'art roman, Livre I, Collection « tradition et culture », Berg International, 1973


2 commentaires:

  1. j'ai visité, j'ai aimé, cela vous ressemble. je reviendrai m'inspirer par vos textes, vos photos.
    Bisous,bonne continuation. Marlène.

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  2. Ma mère m'a fait découvrir ce merveilleux endroit il y a 40 ans.

    En 2008, selon sa volonté, j'ai dispersé ses cendres sur le côté pentagonal de la Chapelle jusque à l'arrière sur le chemin des tours de guet.
    Depuis cette date, je viens tous les ans.

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