mardi 7 octobre 2014

L'abri troglodytique des Baumes (Larzac)

Abri troglodytique des Baumes - Septembre 2014

Ici, sur le plateau du Larzac, l'automne arrive toujours plus vite que dans les plaines. A 800 mètres d'altitude, le paysage semble être suspendu. Pour le voyageur qui emprunte l'autoroute A75, le temps n'a pas la même mesure. Les longues lignes droites, la platitude du lieu provoquent une sensation d'immobilité. 

Ici, l'esprit poétique comme l'expression de Gaston Bachelard, ne trouve aucune limite à l'imagination. Les formes dessinées par les rochers se transposent, mais ne se ressemblent jamais, chaque changement de perspective rend le tableau unique. Avec ses rochers dressés tels des âmes éternelles, c'est tout le plateau qui prend l'allure d'un immense jardin à la japonaise. Les esprits du vent et de l'eau sculptent la roche tendre formant ici et là chaos et paysage steppique.

Au nord-ouest de Saint-Martin-du-Larzac, l'un des plus beaux chaos du Causse s'offre au regard du visiteur curieux qui emprunte la route en direction de Nant.

Abri troglodytique des Baumes - Larzac - Août  2013 - photo panoramique réalisée avant les travaux de réhabilitation

La situation

La construction de l'abri troglodytique se situe entre le  XIV  et le XVI siècle. Le « Mas de la Balma » est attesté dès 1488 et les propriétaires connus dès le XVIe siècle.

Pour préserver l'espace agricole, les premiers habitats sont collés contre les blocs de calcaire. 

L'extérieur

La façade est constituée de deux tourelles semi-circulaires qui encadrent un mur de moellons en pierre de taille.  Ce qui nous frappe lorsqu'on aperçoit l'abri, c'est l'harmonie dégagée entre le bâti et les courbes naturelles du rocher. 
On peut observer les différentes fenêtres qui déjà nous laissent supposer  qu'il y a plusieurs niveaux. La tourelle sud (celle qui est le plus à droite sur la photo) est dotée de latrines, vous observerez cela plus facilement dans la visite virtuelle.

La  fenêtre à meneaux (divisée par des meneaux ayant la forme d'une croix latine) qui se trouve à l'étage noble, semble bien correspondre à la période de construction de la façade. On peut observer sur la photo prise avant les travaux que les deux ouvertures supérieures étaient comblées. La réouverture de ces espaces révèle la croix latine, mais une question demeure ? Pourquoi avoir comblé la fenêtre ? Première hypothèse : assurer une meilleure protection contre le vent et le froid ! La deuxième, nous semble la plus probable, serait de limiter l'impôt à payer sur les fenêtres. En effet, dès l'apparition de cet impôt après la Révolution, un grand nombre de fenêtres à meneaux  furent ainsi partiellement bouchées. Les travaux de restauration auraient  peut-être dû garder la fenêtre en l'état.  

La série de dalles en calcaire visible sur la partie haute de la façade ressemble à un larmier. L'eau est évacuée et ne ruisselle pas contre la façade, évitant ainsi les infiltrations et la dégradation prématurée de l'enduit. 

L'intérieur

On peut observer à l'intérieur trois niveaux. Le premier  avec le sol irrégulier directement sur la roche, pouvait servir d'abri pour les bêtes,   le second est l'étage noble bien éclairé  par la grande fenêtre, on y accède par un escalier de bois. Enfin, au dernier niveau, se trouve le grenier pour les récoltes. Pour assurer une protection de dernier recours, lors  des guerres de religion (dès 1561 à Millau), la porte d'entrée est défendue par des meurtrières et les deux tourelles assurent la défense de part et d'autre de l'abri. 


Chose surprenante, c'est l'absence de trace de cheminée ou de niche pourtant fréquente dans ce type d'habitat.


Un patrimoine sauvegardé

La Communauté de Communes, dans le cadre de sa politique de développement touristique, a engagé des travaux de réhabilitation. Quelle belle initiative que d'assurer la longévité de ce site exceptionnel ! Vous trouverez sur place trois panneaux facilitant l'interprétation du lieu.


Visitez l'abri en cliquant sur l'image



Comment y aller : 


En venant de l'autoroute A 75, prendre la sortie de La Cavalerie (numéro 47), puis au village suivre la D 809 en direction de Millau. Juste avant la descente vers Millau, prendre à droite en direction de : Saint Martin, Pierrefiche, Notre Dame de la Salvage. Restez sur cette route, après Saint-Martin l'abri est visible de la route (sur la gauche). Si vous avez l'esprit poétique vous remarquerez très probablement le chaos dolomitique sur votre gauche. 
Sinon pour plus de précision, ouvrir la visite virtuelle et cliquer sur le bouton "carte" en bas à gauche de l'écran.

A très bientôt 













5 commentaires:

  1. C'est toujours intéressant de voir que nos ancêtres savaient utiliser leurs neurones, mais est-ce que le patrimoine est sur le domaine de la ferme ?
    A pluche.

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    1. Bienvenue Gaston, sur le Larzac il y a peu de bien privé, la majeure partie de l'immobilier appartient à la SCTL (Société civile des Terres du Larzac). Pour effectuer les travaux, l'abri a du être sorti du bail agricole de la ferme des Baumes pour être pris en charge par la Communauté de communes de Millau . Voilà, c'est ce que j'ai compris, il est vrai que le Larzac offre plein de singularité... à beintôt, Charly

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  2. l'endroit est très atypique et les photos de toute beauté avec ce traitement

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    1. Sur Larzac, il y a plusieurs chaos dolomitiques, ils constituent le paysage du plateau avec la steppe. Si tu aimes les photos de fleur, c'est ici même que l'on trouve le plus grand nombre d'orchidées, 72 espèces recensées ! Il faut, bien entendu, revenir au mois de mai . Merci pour ta visite. Charly

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  3. Ta visite virtuelle donne un peu le tournis, mais c'est superbe! J'adore le Larzac et ses paysages, que je préfère à ceux de l'Aubrac (trop de conifères et de barbelés), même si je sais que l'hiver y est rude, avec le froid et le brouillard. Même depuis l'A 75, on peut admirer de beaux panoramas; par exemple au Nord du Caylar.

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