dimanche 2 février 2014

Une journée en Catalogne : Besalù

Plan de la garrotxa besalù



Pour commencer cette année 2014, allons faire un petit tour en Catalogne, plus précisément à Besalù. Cette petite ville se situe à environ 30mn au nord de Gérone où nous avons déjà été. Vous l'avez compris, nous aimons beaucoup cette région et si vous êtes amateurs d'histoire, d'art et d'architecture médiévale vous serez heureux de découvrir la Catalogne.

besalù vue aérienne
vue aérienne de Besalù avec en dernier plan "el Mont"
Pour bien débuter ce périple avec une vue à vous couper le souffle, nous vous proposons de monter au Sanctuaire de la Mare de Deù del Mont (à voir dans la visite virtuelle ci-après). Prenez la direction du village de Beuda, avant d'arriver sur Besalù pour commencer l'ascension à environ 1100 mètres. Le Sanctuaire est facilement accessible en voiture, comptez environ 30mn de montée mais vous ne serez pas déçus de la vue à 360° !!! L'ascension peut aussi se faire à pied, vous trouverez les cartes des différents sentiers à la librairie ULYSSUS à Gérone.

En chemin, vous découvrirez le joli village médiéval de Beuda avec les vestiges du château et la visite de la jolie église romane Sant Feliu du XIIème siècle (la clé se trouve à la rectoria à droite de l'église), le fameux Can Noguer, ancienne demeure seigneuriale où vécut un temps le grand poète catalan Jacint Verdaguer, connu pour être 'le Prince des poètes catalan' et auteur du fameux 'Canigo'. Avant d'arriver au Sanctuaire, vous verrez sur votre gauche les restes d'une abbaye bénédictine Sant Llorenç de Sous, mais nous nous y attarderons un peu plus tard. Profitez de la route et de la vue qui commence alors à s'offrir à vous : attention si vous avez le vertige!!! La route est bonne mais sinueuse et étroite!



Sanctuaire de la Mare de Deù del Mont


Vous voici arrivez au sommet de la montagne du 'Mont' que l'on appelle aussi la porte des Pyrénées et pour cause : quel panorama! Il s'y trouve une église datant du début XIVème siècle, sa construction est due à la présence de l'abbaye bénédictine aperçue un peu plus bas à 900 mètres. A l'intérieur se trouve une Vierge Marie datant du XIVème siècle et mesurant 4 mètres ! L'original se trouve au musée d'Art de Gérone. Il y a aussi une hôtellerie et un resto-cafétéria mais l'accueil ainsi que l'église étaient fermés (ici les périodes d'ouverture) pour notre visite.

Il y a une légende sur la construction de ce sanctuaire que voici : au début les moines de l'abbaye de Sant Llorenç de Sous avaient décidé de construire l'église dédiée à la Vierge sur le plateau Sollers un peu plus haut. Mais chaque fois qu'ils allaient chercher leurs outils, ils les retrouvaient tout là-haut au sommet de la montagne. Et cela se répétait chaque jour jusqu'à qu'ils comprennent que c'était un signe divin et qu'ils devaient bâtir l'église au sommet, aux quatre vents!

Après avoir bien profité du lieu, nous vous proposons de redescendre et de faire un arrêt (plus ou moins long) à l'ancienne abbaye de Sant Llorenç de Sous.




Sant Llorenç de Sous

Sant Llorenç de Sous
Vue aérienne Saint Llorenç de Sous
Vous voici devant une ancienne abbaye bénédictine. La première référence historique de ce lieu date de 871 connu sous le nom de Sant Llorenç del Mont. Dès le XIème siècle, la communauté prend de l'ampleur et devient un monastère important en lien avec la protection des comtes de Besalù et devient Sant Llorenç de Sous. Au XIIIème siècle, un cloître fut rajouté. Mais une période de crise économique et les terribles séismes du XIVème siècle entraînèrent l'effondrement de l'église et d'autres parties du monastère. Conséquence : une bonne partie de la communauté partit. A la fin du XVIème siècle, la vie monastique disparut complètement et Sant Llorenç devient une paroisse. Après la guerre civile, le lieu fut abandonné et plus ou moins détruit jusqu'en 1984, début de la restauration qui a permis de sauver cet endroit attachant.

Passons à une vue un peu plus architecturale! L'ensemble monastique pourrait se diviser en 3 partie : l'église de forme basilicale à trois nefs, au sud les bâtiments monastiques construits autour du cloître et à l'ouest on trouve une deuxième ensemble de construction près de la muraille.

La source
Le choix de l'emplacement est certainement lié à la présence de la source. Un grand bassin, à l'entrée, recueillait l'eau excédentaire. Des canalisations permettaient de transporter l'eau à l'intérieur de l'enceinte ainsi qu'aux champs cultivés de la communauté.

Entrez maintenant et voyez l'édifice carré sur votre droite. C'était certainement une tour fortifiée datant du XIIème-XIIIème, elle est pourvue de meurtrières et permettait la défense du lieu. Un peu plus loin, on trouve un four à pain et deux foyers certainement la cuisine. Celle-ci fut divisée en deux au XIIIème siècle à la construction du cloître. Sur votre gauche, il y a deux pièces dont les chercheurs pensent qu'il s'agissait peut-être de magasin ou d'espace à vivre pour les valets. Cette zone fut complètement abandonnée après le séisme. Elle fut ensuite recouverte de terre et devient des potagers et champs de culture pour la paroisse. Ce n'est qu'en 2004 que les travaux de déblaiement ont permis de découvrir cet ensemble architectural.


Avancez vous encore sans passez la porte. Il y a sur votre droite des petites marches qui vous amène à ce qui est appelé la galilée que l'on peut rapprocher de l'avant-nef.

Il est construit peu après l'église dans le même style architectural que celle-ci avec trois nefs, des voûtes et des arcs et il y a même une petite fenêtre romane. Après les fouilles, un cimetière médiéval a été découvert à l'extérieur mais aussi à l'intérieur de la galilée .

Rentrons dans l'église dont la stylistique rappelle un roman lombard. Elle est construite sur un plan basilical donc sans transept, avec trois nefs. A l'est, on retrouve 3 absides semi-circulaires décorées de bandes et d'arcatures lombardes.

Vue du chevet

Au milieu de la nef principal, on voit une structure rectangulaire qui apparemment correspondrait aux fondements de l'ancien chœur des moines. Cela nous semble curieux car ce chœur aurait été construit après l'église. Nous ne sommes pas spécialistes pour émettre une hypothèse mais cela nous laisse perplexes.
Dans la zone du chevet, on retrouve le chœur architectural séparé de la nef par 3 marches. Dans chaque abside, il y avait un autel. Au XIVème siècle, le maître-autel était consacré à saint Laurent, un autel latéral à la sainte Marie et dans l'autre abside latérale à saint Jean et saint Antoine.
Après les tremblements de terre, seule la nef sud était encore utilisable. Les moines ont construit un mur et une porte avant l'ancien chœur pour former une petite église qui mène par une autre porte (déjà construite au Xième siècle) au cloître.
Avancez vous vers l'abside à votre droite, voyez au sol un reste du mur de l'abside de l'église préromane (le monastère est déjà connu en 871 date de sa première citation). De petite taille, 2 à 3 mètres de largeur et de 8 à 10 mètres de longueur, elle sera ensuite en grande partie détruite pour construire l'église telle que nous la voyons aujourd'hui. En regardant de plus près ce reste de mur nous avons découvert ce qu'était un pavement d'opus signinum. C'est une technique de fabrication de mortier romaine d'origine phénicienne. Ce mortier fait généralement d'eau de chaux, de sable et de fragments de terres cuites était utilisé pour les revêtements des rues, des bains thermaux et le pavements des villas. Il pouvait être décoré de petits carreaux comme à Empuries, ancienne cité grecque sur la Costa Brava.
Le cloître
Passez la porte au sud, qui mène au cloître. Celui-ci fut construit dans la deuxième partie du XIIIème siècle période prospère pour le monastère. Sa caractéristique principale est la galerie nord. Elle est constituée d'un mur très épais par rapport aux autres, couverte par une voûte en demi berceau adossée au mur de l'église. Elle sert en fait de contrefort au mur sud de l'église. Quelques chapiteaux de décoration végétale ont été retrouvés lors des fouilles. Sur les panneaux d'explications, vous pouvez voir des photos avant la restauration! Et on peut dire alors : quel beau travail de restauration !!
L'aile est du monastère est une des partie les plus anciennes et montre l'évolution du monastère. On pense au vue des fouilles que cette zone a été édifiée en même temps que l'église du XIème siècle peut-être même avant et servait de bâtiments conventuels pour les moines jusqu'au XIIème siècle. Plus tard avec la construction du cloître, cette partie du bâtiment fut modifié avec un rez de chaussée et un étage qui avait certainement une fonction défensive au vue des meurtrières présentes aux étages. Après les tremblements de terre, cette partie fut abandonnée pour devenir le cimetière de la paroisse de Sous jusqu'à la guerre civile.
A l'apogée du monastère entre le XIème et XIIème siècle, de nouveaux bâtiments au sud furent construits pour répondre au besoin d'agrandissement de celui-ci. La grande salle rectangulaire de type roman fut probablement le réfectoire ou la salle capitulaire. De cette époque, furent conservées les fenêtres à double ébrasement. Après les tremblements de terre, une partie du mur du coté cloître fut détruite. Une nouvelle couverture est alors construite avec des arcs diaphragmes caractéristiques. Puis avec la construction de l'église paroissiale de Sous, une partie de ce bâtiment fut utilisé pour la cure.

Nous vous invitons à continuer notre voyage dans le temps et de redescendre pour rejoindre Besalù.



Besalù

vue aérienne du pont de Besalù 
A l'entrée de la ville, en venant de Banyoles ou en redescendant du monastère, il y a un grand parking pour se garer facilement et accéder à la ville médiévale à pied.
Cette petite ville d'environ 2500 habitants se situe au début de la Garrotxa, zone volcanique ancienne. Les balades dans le parc naturel qui s'étend sur 12000 ha et comptant une trentaine de cônes volcaniques sont à faire (ce sera pour une prochaine fois pour nous).
Besalù, malgré les tremblements de terre, a su conserver tout son charme médiéval avec ses petites ruelles pavées et nombre de monuments religieux et civiles plus ou moins intacts. En 1966, le secteur de la vielle ville fut devient l'équivalent d'un Monument Historique chez nous.
La ville de Besalù avait un certain poids économique et politique à l'époque romane. C'est à ce moment-là que la ville fut le plus prospère et bon nombre de constructions vit le jour : le monastère de Sant Pere, les murs d'enceintes, le pont, le prieuré de Santa Maria. Son marché était aussi très réputé.


La première chose que l'on voit est le magnifique pont du XIème que nous traversons pour atteindre le coeur du centre historique. Il avait deux fonctions : protection des inondations et défense de la ville ( fortifié au XIVème siècle avec la construction des deux tours). En 1939, lors de la Guerre Civile, il fut en partie détruit. Heureusement pour nous, il a été bien restauré. Et en le traversant, on s’imagine facilement être au Moyen Age.


Vue sur le pont et le village de Besalù
Vue sur le pont et le village de Besalù


L'entrée gardée par les geckos.  



Après avoir passé la deuxième tour, nous voici dans des petites ruelles. Vous avez le choix de balade en vous servant du plan.
Nous avons commencé par la place aux Juifs. Comme à Gérone, Besalù comptait une communauté juive. Ici il y a eu jusqu'à une vingtaine de famille en temps de prospérité. Elle fut autorisée à construire dans ces lieux une synagogue en 1264. On peut voir encore aujourd'hui sa disposition. Par le patio, on accédait à la salle des prières d'où par quelques marches on atteignait plus bas le fameux Miqvé (bains de purification). Une porte appelée la porte des Juifs permettait d'y accéder sans passer par le pont . Ce quartier fut abandonné au XVIIème siècle et réaménagé pour une utilisation commerciale. On pouvait y retrouver un abattoir, une teinturerie...
On pense qu'il y avait aussi une école juive du fait de la présence d'un reste de mur d'une pièce dans le patio de la synagogue. Mais il n'y a pas de certitude.
Le Miqvé ne fut retrouvé qu'en 1964. C'est un exemple assez rare dans le monde médiéval (trois en tout). En effet selon la loi juive, il fallait se purifier en prenant un bain dans des circonstances telles que la naissance d'un enfant ou après les menstruations pour une femme ou avant le Shabbat ou le Yom Kippour pour l'homme religieux. Malheureusement pour nous, c'était fermé le jour de notre visite. La petite piscine est alimentée par une source naturelle.
Continuons notre balade vers la place de la Llibertat. Nous vous proposons de poursuivre vers le monastère Sant Pere.


Rue à l'entrée de Besalù




Monestir de Sant Pere de Besalú


Nous voici sur une grande place, où fut construit un monastère bénédictin en 977. La première église fut consacrée en 1003 par un grand personnage de l'époque : Bernat Ier connu aussi sous le surnom de Tallaferro et frère de l'évêque Oliba. La communauté comptait alors 12 moines.
Devant nous se dresse le dernier témoignage de cet ensemble monastique datant de la fin du XIIème siècle. Eglise à trois nef avec transept, elle présente un beau déambulatoire qui en fait sa particularité. A cette époque, Besalù était un lieu de pèlerinage très fréquenté, la preuve en est l'ancien hôpital (Sant Julia) près du monastère qui les accueillait.
Entre le XVIIIème et le XIXéme siècle, furent détruits le cloître gothique, le presbytère et les nombreuses dépendances monacales. Quel dommage!!!
La façade est décorée d'une fenêtre entourée de deux lions majestueux symbolisant l'Eglise, sa force, sa puissance et en dessous un singe et un homme déféquant symbolisant le mal et le paganisme.

Petit bémol : l'église étant fermée à la visite, il est quand même possible de voir  l'intérieur en mettant un euro pour l'éclairer mais en restant derrière une fenêtre vitrée. Sachez-le,  c'est un euro pour 60 secondes de "Lumière" , Alléluia ! 

 Le personnage qui défèque serait-il à l’origine des caganers?  





Sant Vicenç 


Sa première mention date de 977, c'est alors l'église paroissiale de la ville. Elle fut reconstruite fin du XIIème siècle mais fut réellement finie au XIVème. C'est donc une église romane mais avec des éléments architecturaux gothiques que nous avons devant nous. Elle présente en effet une belle fenêtre gothique en façade.

Vous pourrez aussi admirer une autre fenêtre celle-ci romane, avec de magnifiques chapiteaux la décorant.



Chapiteau Sant Vicenç

Chapiteau Sant Vicenç

Vous pouvez continuer votre visite en faisant le tour des remparts ou avec le prieuré de Santa Maria. Il y a encore beaucoup à découvrir à Besalù et ses environs. Ce sera pour un prochain article.

Nous espérons que vos aurez autant de plaisir que nous à parcourir cet itinéraire. En attendant, voici la visite virtuelle.




Petit glossaire en catalan pour la visite des édifices romans :

Absis : abside
Absidiola : absidiole
Aparell : appareil
Cabecera : chevet
Campanar : clocher
Cripa : crypte
Claustre : cloître
Església : église
Fris de dents de serra : frise en dent de scie
Lesena : lésène 
Nau : nef. Partie de l’église ouverte aux fidèles,  de plan allongé  elle se situe entre l’entrée du chœur et le massif-occidental de l’église.
Nau lateral : nef laterale

Nau central : nef centralePresbiteri : coeur. Partie de l’église initialement réservée au clergé

Rosassa : rosaceArc total : arc plein ceintre
Tenssepte : Transept ou Transsept. C'est la nef perpendiculaire à la nef centrale donnant à l’édifice la forme d’une croix. Le mot vient du latin trans et spire, éclore au-delà. L’intersection des deux nefs se nomme la croisée du transept, creuer o tenssepte en catalan.
Volta : voûte


Liens :



9 commentaires:

  1. je connais beaucoup cette belle ville.
    bonne semaine
    bisous catalans
    rosa

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  2. Merci pour cette belle et instructive ballade, j'ai eu quelques difficultés pour trouver les geckos, petit animal que j'aime beaucoup, à chaque fois que je suis allé en Corse j'ai toujours cherché à les voir courir sur les murs de la maison.
    Bonne année photographique 2014 pour l'occasion.

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  3. Merci pour cette belle et instructive ballade, j'ai eu quelques difficultés pour trouver les geckos, petit animal que j'aime beaucoup, à chaque fois que je suis allé en Corse j'ai toujours cherché à les voir courir sur les murs de la maison.
    Bonne année photographique 2014 pour l'occasion.

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  4. C'est vraiment joli, j'aime beaucoup le cloître.

    Merci de ta visite, bonne soirée ^^

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  5. MERCIII pour la sacrée ballade, que de merveilles et si bien commentée, bravo pour tout, TIFFANY

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  6. Un vrai guide touristique ! Merci pour cette super balade et très jolies photos !
    @mitiés

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  7. De cette superbe région, je connais un peu Barcelone (où réside mon frère), et ai visité (toujours hors-saison) Montserrat, Empuries, Sant Pau, entre autres. En consultant la carte, je vois que j'ai contourné Besalù par sa rocade sans même m'y arrêter en 2008. Quel dommage! Merci pour ce reportage envoûtant qui donne tant envie d'aller sur place!

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